Urban Mirage commenté par ANASAEA
ANASAEA, plateforme dédiée à l'art dans le métaverse dont je suis ambassadeur, a produit un commentaire critique audio de mon œuvre Urban Mirage, une pièce de ma collection City Stream.
Je trouve l'exercice intéressant — moins pour ce qu'il dit de l'œuvre que pour ce qu'il révèle d'un déplacement plus large. Une critique d'art produite par une institution qui n'existe que dans le métaverse, sur une œuvre qui questionne précisément la perception du réel à l'ère numérique. Il y a là une circularité qui mérite qu'on s'y arrête.
Urban Mirage est née à Manhattan, mais Manhattan n'en est pas vraiment le sujet. Quand on marche dans le Financial District ou à Midtown aux heures pleines, on n'est pas un sujet qui regarde un objet. On est dans un flux. Le visuel, le sonore, l'humain, les signaux numériques qui circulent dans nos poches et au-dessus de nos têtes — tout cela compose une matière dense dans laquelle le regard se perd. C'est cette saturation que j'ai cherché à rendre visible.
Pour cela, j'ai mobilisé trois gestes qui se superposent. La photographie de terrain d'abord, à différentes heures, pour collecter la matière. Le mouvement intentionnel de l'appareil ensuite, qui défait les contours nets et étire les lignes. La peinture numérique enfin, qui m'a permis d'ajouter des couches sans détruire les images originales. Au-dessus de tout cela, des effets de glitch — ces fractures pixelisées qui apparaissent quand un signal est saturé.
Le glitch n'est pas un effet décoratif dans mon travail. Il a une fonction précise. C'est ce qui se passe quand un système tente de transmettre plus d'information qu'il ne peut traiter. C'est exactement la condition de la perception humaine dans un environnement urbain hyperconnecté. Nos cerveaux glitchent, en permanence. Ils manquent des informations, ils en inventent d'autres, ils superposent des couches qui n'auraient pas dû coexister. Urban Mirage tente de rendre visible cette saturation — non pas en la décrivant, mais en la reproduisant dans la matière de l'image.
Que la critique en soit faite par une plateforme du métaverse ne me semble pas anecdotique. C'est même cohérent. Une œuvre qui interroge la perception à l'ère des flux numériques, lue par une infrastructure qui n'existe elle-même qu'à travers ces flux. Il y a là quelque chose à creuser pour une autre fois.
Je vous invite à écouter le commentaire et à regarder Urban Mirage en parallèle.

